Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

En librairie : numéro courant

Numéro 133 : Luther le révélateur (sous presse)

Le 31 octobre prochain, il est prévu que le pape François se rende en Suède, à Lund, pour y mener, en commun avec les dirigeants de la Fédération luthérienne mondiale, une « commémoration œcuménique » du 500e anniversaire de la rupture de Luther. Nous reviendrons en temps utile sur l’événement, inédit dans l’histoire de l’Église, que constitue la célébration d’un schisme, officiellement qualifiée de « Jubilé » par les protestants. Sans doute cela représente-t-il l’un des aboutissements logiques d’un œcumé­nisme du « dépassement inclusif » des contradictions. La responsa­bilité en incombe certes au pape François, qui a multiplié les propos en ce sens, comme par exemple à Rome, le 30 octobre 2014 : « Nous péchons contre la volonté de Dieu, parce que nous continuons à nous focaliser sur les différences. Notre baptême partagé est plus important que nos différences. Nous croyons tous dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Nous avons tous l’Esprit Saint avec nous, qui prie en nous. » On se souvient aussi de son échange au temple évangélique de Rome, le 15 novembre 2015, avec l’épouse luthérienne d’un catholique, l’interrogeant sur ce qu’il pensait de l’impossibilité pour elle d’accompagner son mari à la communion : « N’avons-nous pas le même baptême ? […] 

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Au fil du Blog de la revue

14 Sep 2016

Bicéphalisme pontifical : illusions et dangers»

actigLe 28 juin dernier, le « pape émérite » a fait un bref retour médiatique, pour participer à une cérémonie organisée au Vatican à l’occasion des 65 ans de son ordination sacerdotale, et présidée par son successeur.

Cet événement s’est déroulé dans le contexte des débats provoqués par les déclarations de son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein, qui, en mai, a développé la théorie d’un « ministère pétrinien élargi » et d’un « pontificat d’exception » de Benoît XVI (Ausnahmepontifikat).

Ce mot a donné lieu à toutes les interprétations, lesquelles ont appelé un recadrage sans ambiguïtés de la part de François, dans l’avion qui le ramenait d’Arménie, le 27 juin 2016 : « Il n’y a qu’un seul pape, l’autre […] est “pape émérite”, et non pas le second pape. Il est fidèle à sa parole, c’est un homme de Dieu, très intelligent et qui pour moi est comme un grand-père sage à la maison. ». Le discours de remerciement improvisé pendant quelques minutes par le même « pape émérite », le 28 juin, a pris la forme d’une courte dissertation spirituelle. Mais les conservateurs y ont lu une remise en cause de l’actuel « pape actif ». La centralité du motif de l’action de grâce, également pris dans le sens eucharistique, a été interprétée par Antonio Socci [ici], par exemple, comme une leçon de respect eucharistique administrée par « Benoît XVI » au « pape argentin », en pleine période de rapprochement avec les protestants : une véritable herméneutique du désespoir !. Mais le « pape émérite » a, au contraire, multiplié les témoignages d’obéissance à l’égard de François. Comment s’y retrouver ? (suite…)

28 Août 2016

Lectures critiques d’une étrange exhortation»

amoris laetitiaL’exhortation Amoris laetitia [AL] a donné lieu à de nombreux commentaires. L’un des plus achevés est celui d’Anna M. Silvas, professeur de langues anciennes et de patristique à l’université de la Nouvelle Angleterre (Armidale, NSW, Australie), dont on trouvera le texte complet ici.

Une autre analyse, signée Daniele Mattiussi, est parue dans le bulletin italien Instaurare, dirigé par Danilo Castellano, philosophe du droit (Udine) et fréquent contributeur à Catholica. Ce texte très dense commence par des remarques sur la nature de l’exhortation, inédite tant par son volume (constituant un véritable traité) que par son style non conclusif – ne se présentant que comme une « proposition » (AL 5) – n’excluant pas les positions contradictoires et les propos polémiques contre les supposés partisans de « la doctrine froide et sans vie ».

Trois sections de ce texte retiennent particulièrement l’attention : « le problème du principe et de la situation », « les incertitudes autour de la conscience », « l’historicisme et l’herméneutique idéologique ».

Le problème auquel il est d’abord fait allusion est celui du critère du jugement appliqué à une situation donnée, en l’espèce une situation matrimoniale. Si « discernement » il doit y avoir, il convient d’en déterminer le critère. Or, à suivre l’exhortation, ce critère est en réalité un non-critère : le pur fait prime sur l’ordre objectif du bien et du mal, qui est la vraie réalité. On retrouve là l’un des principes de l’idéalisme allemand, qui pose que le fait est ipso facto rationnel et donc moral. « Il convient de prêter attention à la réalité concrète, parce que “les exigences, les appels de l’Esprit se font entendre aussi à travers les événements de l’histoire” […] » (31) Le « discernement »

Le second problème abordé par D. Mattiussi est celui de la conscience. (suite…)

1 Août 2016

Brèves remarques sur les intellectuels organiques»

G.ReguzzoniEn complément de l’entretien avec Giuseppe Reguzzoni, Sur la fonction du politiquement correct, (n. 132)

1. Dans la société de l’ère contemporaine (c’est-à-dire depuis les Lumières jusqu’aujourd’hui) la condition de l’intellectuel n’est pas aisée.

Cela peut s’expliquer en se plaçant d’un point de vue philosophique, considérant la différence entre l’ancienne société et la nouvelle, celle qui s’organise sur les principes des Lumières.

Dans une société d’ordre, de type traditionnel, l’artiste, le poète, le penseur ont simultanément une fonction désintéressée — c’est le primat de la contemplation, la recherche du bonum honestum par excellence — mais aussi une fonction sociale, d’exaltation du Bien, du Vrai, du Beau, une fonction de témoin. La relation de l’intellectuel à la société peut être délicate (cf. la caverne de Platon) mais il accomplit à sa manière une sorte de sacerdoce.

2. Dans la société nouvelle, à l’inverse, l’intellectuel a peine à trouver la même place, même pour les plus érudits et désintéressés.

« On ne doit pas s’attendre à ce que les rois se mettent à philosopher, ou que des philosophes deviennent rois ; ce n’est pas non plus désirable parce que détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison.

Mais que des rois ou des peuples rois (qui se gouvernent eux-mêmes d’après des lois d’égalité) ne permettent pas que la classe des philosophes disparaisse ou devienne muette, et les laissent au contraire s’exprimer librement, voilà qui est aux uns comme aux autres indispensable pour apporter de la lumière à leurs affaires, et parce que cette classe, du fait de son caractère même, est incapable de former des cabales et de se rassembler en clubs, elle ne peut être suspectée d’être accusée de propagande. » (Kant, Projet de Paix perpétuelle)

Les « Philosophes » surent se donner le beau rôle ! La conception traditionnelle, ici hypocritement reprise, n’a cessé d’être instrumentalisée, par Condorcet, par Kant lui-même, par Fichte. Ce dernier, dans sa 4e conférence sur La destination du Savant (Über die Bestimmung des Gelehrten, 1794 ; le « savant » étant celui qui « sait », par opposition au commun des mortels), confère à  l’intellectuel la mission d’émanciper l’humanité.

Mais comme cette émancipation est liée à des luttes politiques, l’intellectuel dont il s’agit se transforme en agent idéologique, en activateur révolutionnaire. C’est la pratique la plus visible au XIXe siècle. Pensons à Victor Hugo, à Michelet, à Durkheim, à Wagner, tous « engagés » à leur manière, dans la suite logique de leurs prédécesseurs du siècle des Lumières. (suite…)

15 Mar 2014

Eglise et politique : nouvelle parution»

L’ouvrage « Eglise et politique » est paru ! Aux éditions Artège

couv.jpg« Au sein de l’Église le système philosophique et politique issu des Lumières a longtemps été combattu de front. Puis des stratégies ont été mises en oeuvre pour tenter d’en limiter l’emprise.
Le concile Vatican II s’est efforcé d’en agréer les principales exigences, escomptant en retour reconnaissance et bienveillance. Cette tentative est un échec. Dans ces conditions, il convient d’autant moins d’accepter le fait accompli que le système dominant arrive à la fin de son parcours, comme en témoignent l’emballement et les contradictions internes de la modernité tardive. Le moment est venu de réviser les approches imaginées jusqu’ici afin de définir un paradigme adapté aux temps qui s’annoncent.
Le présent ouvrage propose une première réflexion en ce sens. »

Avec les contributions de :  Juan Fernando Segovia, Julio Alvear Téllez, Miguel Ayuso Torres, Christophe Réveillard, Mgr Ignacio Barreiro Carámbula, José Miguel Gambra Gutiérrez, John Rao, Danilo Castellano, Gilles Dumont, Sylvain Luquet, Bernard Dumont.

Commandez en ligne l’ouvrage sur le site des éditions

L’ouvrage est également disponible en librairie

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